Et maintenant, FSM ? Chico Whitaker

Note explicative : Ce texte est la transcription complète de la trame que j’ai suivie pour ma première intervention lors du débat virtuel organisé le 17 février 2021 et qui avait pour thème “Où en sont l’altermondialisme et le FSM? “. Ce débat était organisé par six fondations françaises (Fondation Gabriel Péri, Fondation Copernic, Fondation de l’Ecologie Politique, Espaces Marx, Institut Tribune Socialiste e Fondation PAM). Y participaient également Boaventura de Souza Santos, Carminda Mac Lorin, Gustave Massiah e Christophe Aguiton.

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Quand j’ai reçu l’invitation de six organisations françaises qui se consacrent aux problèmes sociaux et politiques de notre temps – que je tiens à remercier – , à participer à un débat virtuel sur l’altermondialisme et le Forum social mondial, j’ai préparé une trame pour ne pas me perdre en élucubrations. Je vous prie de me permettre de suivre cette trame, dans ce que je considère comme essentiel pour notre conversation.

Je dois être, avec mes presque 90 ans, l’un des plus âgés à participer ou à suivre ce débat. Je crains que cela ne rende mes réflexions un peu pessimistes. Non pas sur la pandémie qui sévit dans le monde entier depuis un an, et de façon terrible au Brésil, et dont j’ai commencé à être protégé par un vaccin, parce que je suis âgé, vaccin que j’ai reçu vendredi dernier. Ni sur l’avenir de l’altermondialisme et du FSM. Mais à propos de l’avenir du monde, que je ne connaîtrai même pas, mais pour lequel nous luttons tous pour qu’il soit meilleur.

Pour ce qui concerne l’altermondialisme, en tant que mouvement ample, Gustavo Massiah, qui anime ce débat et y participe depuis plus longtemps que moi, pourra en parler de façon plus appropriée. Mais je peux dire quelque chose sur le FSM, dans lequel je me suis impliqué depuis ses débuts, il y a 20 ans, et réfléchir avec vous sur la croisée des chemins où il se trouve à nouveau, comme s’il était de sa nature propre d’entrer dans ce type de difficulté.

J’ai écrit un peu de la longue histoire des succès et des difficultés vécues par le FSM tout au long de ces 20 années.

Le FSM a connu une belle première période de vie, qui s’est achevée par la fête du Forum Social Mondial 2009, sous la pluie de Belém do Pará, au Brésil. Cette édition du Forum a réuni, pour la deuxième fois, 150 000 personnes venus du monde entier.

Ce Forum a soulevé, pour la première fois avec plus de véhémence, des questions qui sont aujourd’hui pertinentes dans les débats et les actions pour un autre monde possible : la lutte pour la justice envers les peuples autochtones, la sagesse du «bien vivre» des peuples andins, le concept mobilisateur des biens communs, les menaces écologiques qui hantent aujourd’hui le monde, comme la destruction de l’Amazonie – où nous étions réunis – par l’action et l’omission criminelles du dys-gouvernement actuel du Brésil.

Les éditions précédentes ont été tout aussi mobilisantes, comme le Forum 2004 à Mumbai, en Inde, qui a rassemblé 120 000 personnes. Parmi celles-ci, 20 000 « dalit », les «intouchables», qui ont tenu, pendant ce FSM, leur premier Congrès en tant que couche sociale fortement discriminée par la société des castes de l’Inde.

Après Belém, le FSM a connu des hauts et des bas. Il y a eu des éditions passionnantes comme celle de Tunis en 2013, en plein « printemps arabe ». Et d’autres plus modestes, comme celle de 2016, à Montréal, quand nous avons osé amener le FSM au Nord de la planète, et confier son organisation à des jeunes – une belle expérience dont Carminda, l’une des facilitatrices de ce Forum, également présente à cette table-ronde, peut parler mieux que moi. Une Gay Pride, qui a eu lieu les mêmes jours et dans la même ville, semble avoir attiré plus de Montréalais que le FSM. Mais cela a plutôt à voir avec le défi de la communication du FSM, dont je parlerai plus loin.

Le FSM 2018, qui a eu lieu à nouveau au Brésil, à Salvador de Bahia, a attiré plus de monde, avec 80000 participants. Ils se sont installés, avec la joie qui caractérise le FSM, dans les jardins de l’Université fédérale de Bahia, qui a accueilli avec plaisir cette foule de visiteurs. Lors de ce Forum, l’un des thèmes beaucoup traité a été la discrimination dont sont victimes les Noirs et les religions d’origine africaine, très présentes dans cette ville. Cela a été un signe avant-coureur de la lutte contre le racisme, qui gagne du terrain dans le monde entier. Le nombre élevé de participants au Forum de Salvador explique peut-être la présence écrasante de Brésiliens entre les près de 10 000 inscrits au Forum social mondial virtuel qui vient de se tenir et dont l’invitation à ce webinaire note qu’il a été très réussi.

Le Forum de Salvador a été tragiquement secoué, dès les premiers jours, par le meurtre, à Rio de Janeiro, d’une jeune parlementaire d’un parti de gauche, noire et lesbienne. Presque aussitôt, une grande manifestation de protestation a été organisée dans les rues entourant l’université. C’était aussi la préfiguration de la violence qui gronde dans le Brésil d’aujourd’hui, incapable de punir les responsables de ce crime, du fait de leurs liens directs avec le pouvoir en place dans le pays.

Mais j’en viens maintenant aux perspectives actuelles du FSM.

Le Forum 2020 ou 2021, qui devait avoir lieu dans la ville de Mexico ayant été rendu impossible par la pandémie, il s’est tenu sous format virtuel en janvier de cette année. Ce fut un effort gigantesque, sur plusieurs mois, de plus de deux cents personnes de nombreux pays, travaillant bénévolement, de membres du Conseil international du FSM et de nombreuses organisations qui s’y sont associées, en rencontres quasi continues à distance. Pendant le Forum, ils ont même dû faire face à des invasions malveillantes de leurs salles virtuelles. A la fin, un processus de préparation de la prochaine édition a été lancé, édition qui se déroulera en présentiel ou en combinant présentiel et virtuel, en janvier 2022, au Mexiquei.

Le premier défi auquel est actuellement confronté le FSM est donc celui de la méthodologie d’organisation du Forum lui-même. Dans les rencontres en présentiel qui ont eu lieu au cours de ses 20 années de vie, des échanges personnels nombreux et variés étaient possibles, sur plusieurs jours, à des heures différentes, entre militants des luttes les plus diverses et de différents pays du monde. C’est cette reconnaissance mutuelle qui, peut-être, créait une atmosphère d’enthousiasme, surtout lorsqu’elle conduisait à la construction d’alliances pour des actions concrètes. Les Forums ont ainsi permis d’accumuler de l’énergie pour la lutte de chaque participant.

Il y avait toujours un risque que les participants au Forum eux-mêmes, ou les facilitateurs du Forum, organisent des conférences de personnes célèbres ou non, au détriment d’ateliers dialogiques, plus adaptés aux échanges stimulés par le FSM. Mais, souvent, des auditoriums vastes et coûteux, qui répétaient un format de transmission du savoir déjà dépassée – de l’enseignant à l’élève, de ceux qui savent à ceux qui ne savent pas – étaient bien vides.

Maintenant, dans les réunions virtuelles, il est presque impossible de «débattre». On écoute, et tout au plus on pose des questions, auxquelles on ne répond pas toujours, quand il y a beaucoup de participants. L’avantage évident de pouvoir écouter l’enregistrement par la suite est presque annulé par la difficulté du dialogue. Cela s’est déjà produit pendant ce Forum, même lorsqu’il y avait l’alternative de «chat».

D’un autre côté, la pandémie a probablement conduit à d’autres changements majeurs. Serait-il encore acceptable de rassembler des gens qui devront faire de longs voyages aériens – avec leurs répercussions sur l’environnement? Ne serait-il pas préférable d’utiliser encore plus, pour de telles rencontres, les nouvelles technologies d’intercommunication qui se sont multipliées pendant la pandémie, permettant également aux personnes qui n’ont pas les ressources pour ces voyages de participer, et de diminuer aussi les frais d’hébergement et de restauration? Ce ne permettrait-il pas de diffuser plus facilement le message d’espoir du FSM – un autre monde est possible – au quatre coins de la Terre? Mais il faudra beaucoup inventer, méthodologiquement, y compris pour ne pas nous leurrer sur les résultats des petites et grandes réunions virtuelles qui se multiplieront dans le processus de construction du FSM de 2022.

Il est intéressant de lire, sur cette question des défis (et potentialités) du « virtuel », un article qui m’est arrivé pendant que je faisais la révision finale du présent texte pour pouvoir l’envoyer aux personnes intéressées.

https://www.opendemocracy.net/es/foro-social-mundial-activismo-global-en-tiempos-de-pandemia/

Le FSM fait également face à d’autres défis, d’un autre type, comme celui de son Conseil international, qui a beaucoup grandi dès le début, peut-être parce que beaucoup pensaient que le pouvoir sur le FSM y était concentré. Cependant, comme il s’est avéré que ce n’était pas le cas, le nombre de ses membres a été progressivement réduit à bien moins de la moitié. Mais il n’a pas encore trouvé son identité et son rôle dans le processus du FSM. Et il court un risque: on parle déjà beaucoup d’en faire un bon instrument de «gouvernance» du FSM, c’est-à-dire d’abandonner la «non-directivité» qui a toujours caractérisé le FSM.

Tout cela est devenu encore plus compliqué avec la multiplication des forums thématiques, qui ont commencé à émerger – en continuité aux les forums sociaux nationaux, locaux et régionaux des premières années du FSM – et qui se caractérisent par leur autonomie, certains créant même d’autres instruments, comme les Assemblées mondiales. La plupart de ces forums thématiques ont tendance à s’appeler Forums sociaux mondiaux de tel ou tel thème. Comme si la marque FSM était déjà devenue un bien commun de l’humanité, comme cela devrait se produire pour les vaccins contre le Covid 19. Quel est le rôle du CI à cet égard?

Il est également nécessaire de surmonter des divergences plus spécifiques qui se sont creusées, comme celles autour de la forme de décision au sein du CI – par vote ou par consensus? Ce n’est pas un défi simple. Il n’y a pas si longtemps, dans un débat sur l’avenir du FSM, lors du FSM virtuel, il a été dit explicitement que la décision par consensus était une stupidité – alors que ce type de décision a été une découverte des organisateurs des premiers FSM pour presque nous forcer au dialogue et assurer ainsi l’unité de ce groupe très diversifié, dans l’accomplissement de la tâche qu’il avait pris en chargeii.

Mais les opposants à la décision par consensus disent qu’elle peut créer la possibilité de veto. Et ils racontent fréquemment (comme si, en la répétant, leur version devenait vraie) ce qui, selon eux, se serait passé lors d’une réunion du CI après le FSM 2018 à Montréal : une personne – en l’occurrence, moi – aurait opposé son veto à une prise de position contre le coup d’État en cours au Brésil. Pour le bien de l’Histoire, il est utile de se souvenir de ce qui s’est réellement passé. Je n’étais pas opposé à une prise de position contre le coup d’État au Brésil, mais au fait que cette position soit prise en tant que CI, comme cela était proposé. J’ai été littéralement surpris par une manœuvre, de celles qui sont courantes dans la pratique politique que nous voulons dépasser : avec une déclaration du CI contre un coup d’État – celui du Brésil -, c’était une tentative de coup de force qui était en train de se produire, pour détruire la charte de principes du FSM par son non-respect dans la pratique.

La recherche du consensus, au lieu de l’affrontement, l’exaltation des esprits et les accusations véhémentes qui se sont produits, nous aurait conduit à suivre ce qui était depuis longtemps une habitude au CI : faire une déclaration signée par les membres présents. Comme cela s’était produit lors de la session de la nuit précédente, où nous n’avons pas répondu à une demande des Palestiniens: qui demandaient à ce que le CI et le FSM soutiennent une de leurs campagnes contre l’occupation de leurs territoires par Israël. Par consensus et en discussion avec les Palestiniens eux-mêmes, tous les présents ont été d’accord pour soutenir leur campagne en tant qu’organisations et mouvements membres du CI.

Mais je ne vais pas m’attarder sur cette discussion maintenant, même si elle est importante, car le plus grand défi auquel le FSM est confronté n’est aucun de ceux là. C’est la décision à prendre sur son propre caractère: rester un « espace ouvert » ou devenir un « mouvement structuré autour d’objectifs communs », en tant que force politique propre. Ou, en d’autres termes, le FSM, en tant que tel, devrait-il passer de l’arrière du front, là où il se trouve, pour aller sur le front de lutte, là où les mouvements sociaux et les partis doivent être? La motivation pour effectuer ce changement serait-elle due au fait que les médailles sont données à ceux qui sont sur le front du combat et non à ceux qui, à l’arrière du front, leur apportent le soutien indispensable?

La nécessité de prendre une décision à ce sujet est à nouveau clairement énoncée dans le FSM, pour la troisième fois. C’est à cela que je faisais allusion quand j’ai mentionné, au début de cette conversation, le grand carrefour auquel le FSM se trouve à nouveau confronté.

Cette discussion colle au FSM depuis sa création en 2001. Mais ce n’est qu’en 2003 qu’elle est devenue plus claire y compris entre ceux qui ont organisé ses premières éditions. J’ai moi-même écrit un livre en 2005iii dont le sous-titre – « une façon de voir » indiquait que ma manière de présenter le FSM était une parmi d’autres. L’option qui a prévalu pendant ces 20 années de vie du FSM a été celle de « l’espace ouvert », mais certaines organisations qui l’ont fondé s’en sont même éloignées, peut-être parce qu’elles attendaient plus du FSM, en termes de résultats politiques.

Cette alternative a été explicitée pour la première fois de façon très claire dans un article de 2007 du sociologue philippin Walden Bello sur l’avenir du FSM: « Le FSM à la croisée des chemins » (http://www.fpif.org/fpiftxt/4196).

Il proposait, sans mâcher ses mots, que « l’espace ouvert » disparaisse pour faire place à la naissance d’autres formes d’action politique. À la fin de son article, il disait : (…) « après avoir rempli sa fonction historique d’agréger et de relier les différents contre-mouvements générés par le capitalisme mondial, n’est ce pas le moment pour le FSM de démonter ses tentes et de faire de la place pour de nouvelles formes d’organisation mondiale pour la résistance et la transformation ? »

Mais sa proposition sonnait comme s’il disait que le FSM était une belle expérienceiv, mais qu’il fallait accepter que cela se soit terminé – même si on peut aujourd’hui se demander s’il dirait la même chose après le FSM qui a eu lieu en 2009, à Belém do Pará , avec ses 150 000 participants du monde entier.

Bellov nous dit que sa réflexion a été stimulée par le FSM de Caracas en 2006 et, plus tard, par le Forum de janvier de l’année suivante à Nairobi, au Kenya, qui a été pour lui « décevant » car « il semblait reculer au lieu d’avancer ». D’autres personnes ont également fait des analyses négatives du FSM de Nairobi, comme toujours avec tous les forums, mais il y a ceux qui ont dit exactement le contraire, comme Gustave Massiah, qui anime ce webinaire. Le titre de son évaluation était: « Nairobi 2007, un excellent Forum social mondial ».

Le texte de Bello a provoqué une certaine controverse, peut-être parce que c’était le premier à aborder la question de façon plus directe.

J’ai moi même écrit rapidement un commentaire, publié en juin 2007vi, qui avait pour titre: « Les carrefours ne ferment pas toujours les chemins » (http://www.iade.org.ar/noticias/las-encrucijadas-no-siempre-cierran- caminos)

J’y disais que la proposition de Bello pourrait aider moins à nous mêmes qu’à nos adversaires, car elle venait de l’intérieur du FSM, et disait exactement la même chose que les médias internationaux, qui essayaient de décréter la mort du FSM pour que les propriétaires du monde n’aient plus à s’en inquiéter. Comme le journal espagnol El Pais, qui en janvier de la même année disait que « le FSM a disparu des radars »vii. Pour conclure, je disais qu’un changement effectif et profond du monde était encore un long chemin et que le Forum n’avait pas à disparaître, mais à continuer à clarifier les horizons à la croisée des chemins, en parallèle aux luttes qui y étaient proposées par les mouvements sociaux et assumées par les participants.

Pour expliquer ce que ce serait pour lui « l’aller de l’avant », Bello cite Hugo Chávez, président du Venezuela, qui, lors du FSM de Caracas, a alerté les participants du Forum ayant lieu dans son paysviii du risque que le FSM devienne simplement un forum d’idées sans aucun agenda pour l’action. Il leur a dit qu’ils n’avaient pas d’autre choix que d’aborder la question du pouvoir: « Nous devons avoir une stratégie de contre-pouvoir. Nous, mouvements sociaux et mouvements politiques, devons être capables d’occuper des espaces de pouvoir aux niveaux local, national et régional. » Mais Bello a pris soin de dire, tout de suite après, que « le développement d’une stratégie de contre-pouvoir ou de contre-hégémonie ne signifie pas nécessairement que l’on retombe dans les anciens modes d’organisation hiérarchiques et centralisés caractéristiques de l’ancienne gauche ».

Je n’ai pas pu trouver et relire tous les autres textes écrits à partir du texte de Bello. Je n’ai relu que celui de Thomas Ponniah, de nationalité indienne, alors professeur à l’Université Harvard, qui traitait de la controverse en cours, et celui de Boaventura de Souza Santos, également présent dans ce webinaire.

Selon Ponniah, Bello reconnaissait que le FSM avait beaucoup contribué à la lutte pour la justice mondiale, mais que sa méthodologie de « l’espace ouvert » inhibait un agenda politique décisif. Il a également évoqué ma position selon laquelle « l’espace ouvert » permettait aux mouvements de s’exprimer en proposant de nouveaux projets sociaux sans avoir besoin de parler au nom de tous les participants au FSM.

Et il a fait une réflexion sur le Forum social des États-Unis, qui s’est tenu en 2007. Selon lui, « de mémoire récente, aucune édition n’a mieux exprimé la substance du fonctionnement des forums que le Forum social nord-américain» (…) » et par conséquent dans ce Forum « la richesse de l’idée du FSM en tant qu’espace ouvert a reçu une forte confirmation ». En effet, « il a créé un espace ouvert qui a permis à une multiplicité de mouvements populaires de tout le pays de se rassembler. Pour la première fois, divers militants de tout le pays ont pu interagir de manière horizontale et non hiérarchique, ce qui favorisait la reconnaissance mutuelle »(…) ». « L’espace ouvert a permis à un grand nombre d’identités, d’idéologies et de stratégies d’être représentés dans un forum social », permettant non seulement « à différents groupes de s’exprimer mais aussi de se connecter sous des formes nouvelles et expérimentales », laissant de côté les différences entre les mouvements sociaux pour se concentrer sur des objectifs communs.

L’autre article que j’ai retrouvé, écrit par Boaventura de Souza Santos, a été publié sept mois après le texte de Bello, en janvier 2008. C’était un texte reposant sur des bases solides, comme doivent l’être les articles académiques, qui abordait l’article de Bello seulement à la fin, après une analyse longue et détaillée des chemins et des crises de la gauche dans le monde. J’aurais aimé lire ici plusieurs extraits de cet article, auxquels je pourrais souscrire pour la plupartix. Mais comme nous n’en avons pas le temps, je peux envoyer mon texte complet à ceux que cela intéressex.

Mais je m’en tiens maintenant au FSM, qui a été, pour Boaventura, « un nouveau phénomène social et politique”, “inclusif (…),” tant par son ampleur que par ses thèmes ». En cela, il assume les mêmes perspectives que Jose Correa Leite, l’un des membres du groupe organisateur des premiers forums, dans son livre « Forum social mondial: l’histoire d’une invention politique » xi, publié en 2003 et où il disait que le FSM était un nouvel instrument d’action politique, différent de ceux connus jusqu’alors.

Le texte de Boaventura « analyse les raisons du succès du Forum social mondial, en le comparant aux échecs de la gauche conventionnelle au cours des dernières décennies », les contributions qu’il a apportées à la réinvention de la gauche, et « la question de la soutenabilité de ce succès », avec les défis que cela pose « aussi bien pour la théorie critique que pour l’activisme politique ».

Il souscrit à de nombreuses critiques faites par Bello au FSM, notamment en ce qui concerne l’illusion qu’il peut être un forum neutre avec des discussions isolées de l’action – une critique qui, selon lui, existe « depuis que le Forum a été créé », et à laquelle lui-même, Boaventura, a souscrit – et voit dans cela « juste une opportunité supplémentaire d’auto-réforme, alors que Bello considère que c’est la sentence de mort du Forum ». Mais en disant, comme je le montre plus loin, que « la tâche du FSM est loin d’être achevée », il est totalement en désaccord avec Bello.

Ainsi, quand il cite mon article, comme Ponniah l’a fait, et se réfère à ce que j’ai dit sur le carrefour du FSM comme « deux chemins parallèles », il complète par l’observation suivante: « Même en supposant que le FSM ait été envahi par d’autres conceptions et pratiques de résistances et alternatives, il est important qu’il continue d’apporter son soutien aux luttes qui en ont encore besoin, et aussi à réduire l’impact et la frustration provoqués par la défaite éventuelle des luttes les plus avancées ». Et quand il cite Ponniah, qui a déclaré que « la richesse de l’idée du FSM en tant qu’espace ouvert a reçu une forte confirmation » au Forum social des États-Unis, en y ajoutant une observation, dans une vision plus stratégique de « l’espace ouvert » du FSM : « Si nous pensons que c’est la faiblesse ou le retard de la gauche américaine, combinée à son multiculturalisme, qui a fait que le format du FSM s’intègre si bien dans le Forum américain, cela ne ferait que confirmer l’utilité continue du FSM. Surtout si nous considérons à quel point il est crucial de renforcer la gauche américaine afin de mettre fin à l’impérialisme des USA ».

Ainsi, quand il aborde la question de la fin du FSM, il dit que si les différentes contributions du FSM à la réinvention de la gauche au XXIe siècle sont importantes, « nous devons comprendre que la fin du FSM sera pleinement justifiée si et lorsque ces contributions auront été totalement intériorisées par la gauche dans le monde entier, et en particulier par la gauche impliquée dans les luttes les plus avancées. Si ceci est accepté comme critère (…), on ne peut raisonnablement dire que la tâche historique du FSM aura été achevée. Ce serait trop optimiste de penser que les transformations qui ont eu lieu à gauche sous l’impact du FSM ont été grandes et sont pleinement présentes dans les luttes les plus avancées. On peut encore moins affirmer que les contributions internalisées jusqu’à présent l’ont été de manière durable. Au contraire, je pense qu’au vu de ce critère, la tâche du FSM est loin d’être achevée ».

Et en cela il rejoint la réflexion que j’ai faite à la fin de mon article sur le texte de Bello et qui fonde mon opinion sur la nécessité de maintenir le FSM comme un espace ouvert, encore pendant longtemps, en même temps que, en parallèle, les mouvements sociaux et partis de gauche agissent sur la réalité.

Après avoir dit que nous savons que toutes les organisations (…) doivent disparaître un jour, parce qu’elles ont rempli leur rôle, j’ai demandé si le FSM en était déjà arrivé à ce point, et si Walden n’était pas trop optimiste. Tous les effets positifs du FSM « ont-ils été ressentis aux quatre coins de la planète? (…) Toutes les organisations de la société civile de tous les pays du monde (…) ont-elles déjà eu l’opportunité de réaliser les interconnexions fournies par les Forums? Y a-t-il eu des forums locaux dans toutes les villes ou régions du monde (…) pour que cette expérience puisse être vécue par ceux qui ne peuvent se rendre à des réunions mondiales ou continentales, voire nationales? Des espaces ont-ils été créés partout pour que la société civile devienne plus forte et plus articulée afin de prendre sa place en tant que nouvel acteur politique? L’expérimentation de nouvelles pratiques politiques dépassant les « anciens modes d’organisation hiérarchiques et centralisés caractéristiques de l’ancienne gauche » a-t-elle été menée par toutes les organisations qui luttent contre le capitalisme mondialisé? Ces nouvelles pratiques politiques ont-elles effectivement pénétré les organisations qui ont participé aux forums, les changeant en interne? Tous les mouvements sont-ils désormais pleinement convaincus qu’ils « ont besoin les uns des autres dans la lutte contre le capitalisme mondial » et sont-ils capables de construire leur union au lieu de continuer à se diviser et à s’affronter les uns les autres ? »

Avant de conclure, je dirais que, malgré tous mes accords avec Boaventura, une chose m’a dérangé dans son texte: il se réfère toujours aux options adoptées « dans » le FSM comme si elles étaient adoptées « par » le FSM. En d’autres termes, je ne sais pas si il voit le FSM comme un processus avec des acteurs nombreux et divers qui divergent souvent, mais comme un seul sujet, qui pense, réfléchit, décide et fait.

Mais d’un autre côté, il voit aussi le FSM réel quand il décrit, par exemple, les discussions sur l’avenir du FSM précisément au Forum 2007 de Nairobi, qui a donné lieu à des évaluations opposées: « (…) les débats les plus radicaux , ceux qui exigent une transformation radicale du FSM ou son extinction, ont peu de conséquences et quittent rarement les lieux où ils se trouvent pour devenir des sujets de conversation parmi les militants qui ont rejoint le processus du FSM. J’ai vécu cela notamment à Nairobi, en janvier 2007, l’édition où il y a eu le plus de tables-rondes organisées pour discuter de l’avenir du FSM. Bien que ces tables rondes aient été le lieu de discussions véhémentes, à l’extérieur de ces salles, les paysans de Tanzanie et d’Ouganda se sont réunis pour la première fois avec leurs camarades kényans sous les auspices de Via Campesina et ont célébré le fait «surprenant» qu’ils partageaient tous les mêmes problèmes causés par les mêmes facteurs; des femmes du monde entier ont été très actives dans la préparation du deuxième projet du Manifeste sur les droits reproductifs et sexuels, cherchant à surmonter les difficultés de dernière minute découlant des différences de conscience et de culture féministes sur divers continents, en se concentrant cette fois particulièrement sur les « sensibilités » des féministes africainesxii; des habitants de différentes villes du monde ont planifié des actions collectives contre les expulsions forcées et la privatisation de l’approvisionnement en eau; des dirigeants communautaires de diverses régions d’Afrique ont organisé le Réseau africain de l’eau et, avec diverses ONG et mouvements et organisations de défense des droits de l’homme et de la santé du monde entier, ont planifié la campagne la plus complète contre le sida / VIH. »

C’est intéressant parce que c’est aussi un peu ce qui se passe, à la croisée des chemins où se trouve actuellement le FSM: le Forum virtuel qui s’est tenu récemment, selon les informations fournies dans l’invitation à ce webinaire, a eu « 9500 inscrits de 144 pays, dont 1300 associations », et ses débats se sont déroulés en « 800 activités auto-organisées », qui ont débouché sur « près de 150 initiatives et mobilisations », répondant à l’insistance de 7 des 14 articles de la Charte de principes du FSM, pour que les analyses et réflexions faites dans le Forum mènent toujours à l’action. Et dans tout cela, un seul débat a porté sur « l’avenir du FSM ».

Mais si, pour ce webinaire, je me réfère au texte Bello 2017, je ne suis pas le premier à l’avoir repris. Beaucoup plus récemment, mais près de dix ans après qu’il ait été écrit, à la veille du FSM 2016 à Montréal, Pierre Beaudet, de Alternatives Systémiques, du Canada, a écrit un texte dans la même perspectivexiii. Après avoir dit, avec sympathie aux FSM, qu’ils sont une « galaxie d’exigences, d’expériences et de luttes d’organisations, de mouvements, d’ONG et d’institutions », où « une grande et permanente tempête d’idées » s’exprime dans un « chaos -organisé et festif », il a demandé: « en vaut-il encore la peine? » En d’autres termes, le « grand souk » ou « la place du marché du mouvement mondial pour la justice » aurait-t-il déjà atteint sa limite d’efficacité?

Beaudet a aussi situé le FSM dans la phase où nous étions dans le monde, celle d’une nouvelle vague de mobilisations comme le Printemps Arabe, les Indignados, les Occupy, qui, en plus d’exprimer leur indignation, « recréaient, chacun à leur manière, les méthodologies expérimentales et les débats du Forum : démocratie participative, nouvelles façons de travailler de façon moins hiérarchique, insistance pour inclure des secteurs jusque-là négligés par les mouvements populaires ». Et il a noté que si les craintes que le Forum ne devienne une sorte de « QG » des mouvements étaient légitimes, ceux-ci devraient tenir à deux mains certaines questions principales, sans que cela ne signifie avoir un Comité central qui déciderait de tout.

Mais je dois conclure en abordant la raison de mon pessimisme, dont j’ai parlé au début de cette conversation. J’ai d’ailleurs commencé à soulever cette raison dans mon article en réponse à Bello, en disant que « sous la domination idéologique du capitalisme, il faudra peut-être des générations pour que s’affirment (…) les changements culturels dans les comportements et dans les pratiques de l’action politique».

 Sans doute mon pessimisme augmente avec ce que nous vivons dans mon pays aujourd’hui. Le Brésil est soumis à une destruction systématique et incroyable des avancées civilisatrices durement conquises. Tragiquement, la moité des plus de deux cents mille morts du fait de la pandémie pourraient être évitées. La nature est également détruite, destruction sur laquelle nous pourrons difficilement revenir en arrière. Et tout cela est le fait de criminels – psychopathes, corrompus. négationnistes, grossiers dans leurs connaissances – que nous n’arrivons pas à éloigner du pouvoir politique. Ils l’ont conquis par la voie démocratique, mais une voie démocratique pervertie par les technologies de manipulation modernes, et ils continuent à bénéficier du soutien d’une partie significative de la population et des secteurs économiques les plus conservateurs et cupides du pays.

Et c’est un cadre similaire qui provoque mon pessimisme quant au futur du monde. Je prends conscience de façon de plus en plus profonde, que nous pouvons être en train de nous approcher de plus en plus rapidement, y compris de l’extinction de notre espèce elle-même, malgré la lutte de l’Humanité, qui dure depuis des siècles, pour « un autre monde possible ».

De fait le capitalisme, qui se consolide depuis des siècles, est, à ce jour, en train de vaincre. Il est déjà devenu le système d’organisation des activités humaines sur toute la planète. La gauche a tenté des expériences de socialisme, certaines d’entre elles dans de grandes dimensions, mais elle n’a pas réussi à créer « l’homme nouveau » et le terrain a été pratiquement totalement reconquis par les vainqueurs de la Guerre Froide. Pendant ce temps le capitalisme a créé une gigantesque machine mondiale de production d’argent et de consommation d’argent, insatiable et impersonnelle – bien que nous sachions qui est ce 1% qui en profite le plus et qui met à son service des milliards de personnes. Machine qui, pour poursuivre sans interruption son travail, surexploitera les ressources de la planète jusqu’à les épuiser, et a déjà dérégulé beaucoup de ce qui y assure des conditions de vie pour les êtres humains.

Il est nécessaire d’arrêter cette machine, de réorienter la production et la consommation, de changer les modes et objectifs de vie, tâche herculéenne qui devient de plus en plus difficile face à la force infernale de la machine.

Mais le système capitaliste ne réussirait pas à dominer le monde, économiquement, politiquement et même militairement, s’il ne s’appuyait pas sur sa logique et sa culture, où tout n’est que prétexte pour gagner et consommer de l’argent de manière égoïste et compétitive – « il faut toujours tirer profit », a déclaré l’un des champions du monde de football brésilien dans une publicité. Cette logique et cette culture ont pénétré profondément dans les esprits et les cœurs de l’écrasante majorité des êtres humains, y compris probablement entre ceux qui ont vécu les expériences socialistes. L’écrasante majorité de la population ne croit pas ou n’imagine même pas qu ‘«un autre monde est possible», avec une autre logique, une autre culture.

C’est pourquoi je m’accroche à la continuité et à la multiplication de tout ce qui ressemble à des « espaces ouverts », à travers le monde, dans lesquels de plus en plus de personnes puissent expérimenter concrètement et joyeusement d’autres valeurs, dans des relations concrètes de coopération et de solidarité.

Nous devons vivre une authentique révolution culturelle, forcément longue. Et c’est en ce sens qu’on ne peut pas dire que le FSM, en tant qu ‘«espace ouvert» d’auto-ré-éducation culturelle, n’est qu’une méthodologie, tout comme on ne peut pas dire qu’ «il s’est dépolitisé». C’est un nouvel instrument «politique» qui a été inventé, parmi d’autres qui existaient déjà, ou, en d’autres termes, il est en lui-même une stratégie «politique» d’affrontement des défis du monde.

Mais on ne peut se leurrer. Nous ne pouvons pas faiblir, mais il est peut être déjà trop tard. C’est une course contre la montre dont l’échéance serait la disparition non pas de « l’espace ouvert », mais de la possibilité de vie sur terre. Je ne sais pas si nous aurons le temps – pas moi, je ferai mes adieux à la vie dans pas longtemps, mais tous les êtres humains qui se réveilleront face à la menace qui nous guette, et même s’il y a un nombre croissant de jeunes qui s’engage dans la lutte écologique.

Je ne sais pas par exemple si nous, engagées dans l’invention des Forums Sociaux, nous arriverons à faire arriver aux oreilles de plus en plus de monde la nouvelle de la « constellation de luttes riche et diversifiée en interne  » qui se vit dans les Forums, comme le disait Boaventura dans son texte.

Je ne sais pas si, dans notre lutte dans les Forums, nous arriverons à éviter que cet instrument d’action politique que nous avons inventé ne soit absorbé – et détruit – par les logiques de pouvoir, de contre pouvoir et de domination. Et à réussir à assurer la place de la société civile en tant qu’acteur politique dans la guerre culturelle, essentiel parce que capable d’atteindre, par son étendue et son hétérogénéité, les coins les plus reculés de nos sociétés, avec beaucoup plus de puissance transformatrice qu’aurait un sujet politique global unique qui prétendrait la représenter ou la substituer, en compétition avec beaucoup d’autres.

12/02/2021

 

 

i Il convient de noter qu’à la même date que ce Forum virtuel, le Forum économique mondial – un événement qui avait déjà lieu trente ans avant l’émergence du Forum social mondial – a également tenu une réunion virtuelle, mais disposant, lui, d’immenses ressources. Et il a programmé, pour le mois de mai de cette année, une réunion en “présentiel”, non pas à la station de ski de Davos mais à Singapour – si, évidemment, aucun nouveau variant du COVID 19 n’y émerge.

ii Le choix de la décision par consensus est incontestablement nécessaire si l’on considère que la meilleure réponse aux défis est celle qui émerge d’une intelligence collective de pairs qui se portent un respect réciproque. Il est également utile de rappeler que le consensus n’exige pas que tout le monde soit d’accord avec la décision, mais que tout le monde consente à ce qu’elle soit prise car le plus important est de construire l’unité. La décision par le vote (chacun a un vote et c’est la majorité qui l’emporte) nécessite une meilleure explication des arguments en sa faveur: c’est une conquête démocratique à respecter absolument (y compris si on y introduit le concept dangereux des majorités qualifiées, même si elles le sont par le nombre de votes). Mais elle doit être utilisée lorsqu’il y a des divergences irrémédiables, en particulier lorsque les positions sont antagonistes et presque inconciliables, comme cela se produit dans les parlements. Mais dans les mouvements sociaux et même dans les partis, quand tout le monde poursuit des objectifs communs, la décision par vote n’est pas la plus intelligente, car elle conduit ceux qui ont perdu à se détourner pour créer leurs propres mouvements et partis, comme c’est récurrent à gauche.

iii “O Desafio do Fórum Social Mundial – um modo de ver”,Chico Whitaker, Editoras Perseu Abramo e Loyola, 2005, dont le titre de la traduction française ne reprend pas cette idée d’une manière parmi d’autres de voir le FSM : “Changer le monde, [nouveau] mode d’emploi “, éditions de l’Atelier, 2006

iv Bello dit que «le FSM est devenu un aimant pour les réseaux mondiaux agissant sur différents thèmes, de la guerre à la mondialisation et à la régionalisation, au racisme, à l’oppression de genre, à la recherche d’alternatives», permettant que « la société civile, dans sa diversité, se rassemble, se connecte, et, simplement, gagne en force et s’affirme », comme dans « une prise de distance où l’on accumule de l’énergie ». Il considère que “le FSM offre un lieu et un espace au mouvement pour élaborer, discuter et débattre de sa vision, de ses valeurs et des institutions pour un monde alternatif construit sur une véritable communauté d’intérêts”. Et considérant que “peut-être, pour faciliter le modus vivendi des mouvements anciens et nouveaux, une urgence était qu’ils comprennent qu’ils avaient besoin les uns des autres dans la lutte contre le capitalisme mondial”, il dit que “les expériences de démocratie directe à Seattle, Prague, Gênes et les autres grandes mobilisations de la décennie ont été institutionnalisées dans le processus du FSM ou de Porto Alegre “, créant “une occasion de recréer et de réaffirmer la solidarité contre l’injustice, contre la guerre, et pour un monde qui n’était pas soumis au contrôle de l’empire et du capital “.

v Bello était le directeur exécutif de l’ONG Focus on the Global South, basée à Bangkok, en Thaïlande, qui a participé au FSM depuis sa création.

vi Mon article a églement été publié par Focus on the Global South

vii C’est devant ce fait que je dis encore aujourd’hui, répétant une déclaration du Comité de Communication du Conseil International du FSM faite antérieurement : le plus grand défi du processus du FSM est de communiquer avec le monde.

viii Le FSM de Caracas a fait partie d’une édition quasi simultanée à trois endroits, le Venezuela, le Mali et le Pakistan, une expérience menée en 2006.

ix Boaventura a déclaré que le FSM n’était pas “un événement, ni une succession d’événements” (…) Ce n’était pas “une conférence universitaire” (…) ou “un parti, ou une internationale de partis” (…) ou “une ONG ou confédération d’ONG »(…), ou « un mouvement social »(…). Il a déclaré que le FSM rejetait «le concept de sujet historique» et ne donnait «aucune priorité à un acteur social spécifique» dans le processus de changement social. (…) Qu’il n’avait pas «d’idéologie claire», qu’il présupposait qu’il n’y avait «aucun horizon clairement défini »(…). Que les luttes sociales qui trouvaient leur expression dans le Forum ne s’inscrivaient correctement « dans aucun des modes de changement social sanctionnés par la modernité occidentale: réforme et révolution ». «Hormis le consensus sur la non-violence», ses manières de combattre étaient «extrêmement diverses» semblant «se distribuer selon un continuum situé entre le pôle de l’institutionnalité et celui de l’insurrection». Qu’il n’était «structuré selon aucun des modèles d’organisation politique moderne, qu’il s’agisse du centralisme démocratique, de la démocratie représentative ou de la démocratie participative» (…). Que personne ne le représentait et n’était “pas autorisé à parler, encore moins à prendre des décisions en son nom”, même s’il se considérait comme “un Forum qui facilite les décisions des mouvements et organisations qui y participent”. En d’autres termes, si le Forum était “peut-être un mouvement de mouvements”, ce n’était pas “un mouvement de plus”. C’était “un type différent de mouvement”. Et il a conclu: “le défi posé par le Forum est d’une autre dimension” (…) “Au-delà des questions théoriques, analytiques et épistémologiques”, il pose un nouveau thème politique: (…) il propose de réaliser l’utopie dans un monde em manque d’utopies”. (…) “pas un monde utopique, mais un monde qui permet l’utopie”, (…) “quand l’utopie anti-utopique du néolibéralisme est dominante”. Et aussi: “l’utopie du Forum social mondial est une utopie radicalement démocratique”. (…). “C’est la seule utopie réaliste après un siècle d’utopies conservatrices, dont certaines sont le résultat d’utopies perverties”.

x Dans son article, Boaventura présente également sa proposition face aux défis créés par la diversité: qu’elle se transforme en une force, qu’il appelle «traduction»: «la procédure qui rend possible l’intelligibilité mutuelle des expériences du monde sans mettre en danger leur identité et leur autonomie». (…) “pour identifier et renforcer ce qui est commun dans la diversité”.

xiFórum Social Mundial: A história de uma invenção política”, Jose Correa Leite,Editora Perseu Abramo, 2003.

xii Cette observation me rappelle un extrait d’une lettre du Frère Betto, du Brésil, sur les initiatives qui étaient prises pour renouveler le FSM: «que la nouvelle structure n’encouragera pas une « lutte pour le pouvoir » au sein du FSM. J’espère que l’autonomie et la diversité seront préservées, comme j’ai été ravi de voir, à Porto Alegre, des religieuses catholiques aux côtés des féministes en faveur du droit à l’avortement ».

xiii Pierre Beaudet, The World Social Forum at the Crossroads, 2016 https://systemicalternatives.org/2016/06/08/the-world-social-forum-at-the-crossroads/

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